Hérault : Villeneuvette
Villeneuvette naît en 1673, au cœur du projet colbertiste visant à renforcer l’autonomie économique du royaume de France. Sous l’impulsion d'un entrepreneur drapier, et avec le soutien direct de Jean-Baptiste Colbert, la manufacture est pensée comme une ville-usine intégrée, capable de produire des draps de qualité destinés à concurrencer les textiles étrangers.
En 1677, Louis XIV lui accorde officiellement le statut de Manufacture Royale, scellant son rôle stratégique dans la politique mercantiliste du règne.
Le site est conçu selon une logique rationnelle et hiérarchisée : ateliers, logements ouvriers, bâtiments administratifs et réseau hydraulique forment un ensemble cohérent, organisé autour d’un système d’irrigation complexe alimenté par la Dourbie.
Cette maîtrise de l’eau, essentielle pour actionner moulins et foulons, constitue l’un des atouts techniques majeurs de la manufacture.

Aux XVIIIᵉ et début XIXᵉ siècles, Villeneuvette connaît une activité soutenue. La communauté ouvrière peut atteindre plusieurs centaines de personnes, vivant dans un cadre semi-autonome où l’entreprise structure l’ensemble de la vie sociale.
Après la Révolution, la manufacture est reprise par la famille Maistre, qui modernise les installations et oriente la production vers les tissus militaires, particulièrement demandés sous l’Empire.
Cependant, la seconde moitié du XIXᵉ siècle marque le début d’un déclin progressif. La concurrence des grandes manufactures mécanisées, l’éloignement des voies ferroviaires et le coût des modernisations nécessaires fragilisent l’activité. La production se maintient tant bien que mal jusqu’à la fermeture définitive en 1954.
Aujourd’hui, Villeneuvette demeure un témoignage exceptionnel de l’industrialisation d’Ancien Régime, conservant son plan d’origine et une grande partie de son bâti, ce qui en fait un lieu unique dans l’histoire économique et sociale française.









